Laver la honte - Poème

Contre toutes les guerres...

LAVER LA HONTE !
(Poème - Manifeste).
Gilles PRIN (Nom d’auteur Serge Noel)
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Que les larmes
Des morts passés
Inondent la terre
Et se joignent
A celles des vivants !

*

Ce seront des larmes
Rouges,
Dures,
Comme du ciment.

Ce seront des larmes
D'une amère douleur,
Pesantes,
Comme dix mille
Générations
De larmes,
Cimentant notre douleur commune.


Des larmes de honte,
Des larmes désespérées,
Des larmes charniers.


Profonde est la blessure,
Cette tranchée béante
Courant du nord au sud,
Sur les dunes
Aux corps fatigués.


C'est une eau d'amertume
Qui s'écoule des corps,
Noire,
Minée,
Lourde des immenses
Trahisons bavées aux lèvres
Des gérontes.


Les armes
Crèvent
Le giron de la vie.


Les armes sont des rapaces
En rut,
Affamés, assoiffés.
Jusqu'au dégout,
Elles veulent leur ration
D'hallali.



Mais
Quand le ventre est gavé
La mort ne satisfait plus,
L'appétit est aphone
Et les armes se tordent, geignent,
Saignent, de se taire.


Et les mains qui les portent
N'en peuvent plus de
Saigner avec elles.


Mais
D'autres ont faim.
La couvée s'impatiente.
D'autres becs sont prêts
A mordre,
Réclament leur pitence,
Exigent l'assiettée.


Pour eux
Il ne reste qu'ordure
Avec le vent
Qui tarit tout
Jusqu'aux squelettes enfouis
Dans les poubelles du sable.


Chacun aura donc
Sa ration d'os.



Le spectacle,
Malgré les pétards
Trônant dans l'azur
En des milliers d'étincelles
Sans artifice,
Est à vomir.


Le sable et le sang.
Le sable et la chair
A vif.
Le sable
Est l'urine
Des mourants.


Le désert est
Empli de cervelles
Couleur sépia,
Parées de membres
Virils
Qui seront décorés,
Distingués,
Adulés.



Abdallah, mon frère
Houria, ma soeur
J'ai honte pour mon pays.
Ils ont osé voter le carnage.
Ils sont le bras gauche
Du pétroflic mondial.



Bientôt
Des milliers de
Paquets de chair,
En des corps déjà morts
Par leur conscience morte,
Seront envahis,
Par les offensives
Martiales.


Envahis, ils crieront ,
Hardiment, au garde à vous :


" Hardi, camarades !
La victoire
Est au bout
De la vivi
Section
Dassault ! "


Avant l'affrontement,
L'affront des préparatifs,
Où le maître gradé
Aura disposé de sa science
En leur proposant des
Suppositions d'école :


" Supposons, supposons...
Si la guerre
Ne dure qu'une journée,
Sachant qu'un missile
Chimique tue en trois minutes
Un bataillon entier,
Combien
De missiles seront nécessaires
Pour anéantir
Les deux camps adverses
Dans leur intégrale bêtise ? "




Devant nos écrans,
Face à ce jeu vidéo
Grandeur nature,
Chacun est en mesure
De manipuler ses petits
Soldats imaginaires
Entre un verre de rouge, un clip,
Un steak bien saignant et une infol.


Ce que la guerre
Détruit,
Au delà des hommes,
C'est leur conscience
D'Hommes.



Ainsi la guerre
Est- elle l'arme absolue
Pour la soumission généralisée.



Nous avons besoin
D'un disjoncteur
Des âmes et consciences.


J'ai rêvé d'hommes
Et de femmes qui se
Lèveraient la nuit
Dans la gelée, éclairés par
Le flambeau des étoiles,
Mouillés par les larmes
De la lune
En croissant.


Armés de masses et
De peinture rouge, ils
Lanceraient la résistance
Symbolique,
Celle qui touche le socle
Caché des consciences,
Inscrivant la véritable rupture
Dans le réel.


A coups redoublés
Ils décapiteraient
Les statues guerrières.
Maniant le pinceau
Amplement,
Ils feraient saigner les édifices
Publics, afin que les rues
Envahies de rouge
Deviennent une mer de sang
Pour nos élus.




Ce serait un Djihad non violent,
Pour laver la honte.
Résolument.


*

Ainsi les larmes
Des morts passés
A la jointure du vivant,
Dans le rouge qui les unit
Au vert des prairies,
Pourront parler
De liberté
Par delà
La séparation fatale,


Et les vivants
Des larmes de joie.

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© Gilles PRIN. 1991. Déposé SDGL.

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